L'histoire du Château de Mont

Mont-le-Grand, au début de la féodalité, avait pour château celui dont il reste de rare substructions au Molard. Une petite bourgade, le Bourg-Sainte-Marie, se groupa dans l’enceinte extérieure du château. Dès 1379, ce premier château était à ce point délabré qu’on le traite dans un texte contemporain de “Mont-le-Grand ruiné”.

Il semblerait que ce soit Guillaume de Saint Triviers, baron de Mont-le Grand, qui s’est installé le premier de manière permanente dès 1457 dans l’actuel château, comme en attestent ses armoiries au-dessus de ce qui devait être jadis la porte d’entrée, dans l’aile nord.

En 1553, avec le Steiger, commence ce qu’on pourrait justement appeler la dernière dynastie des sires de Mont, ou mieux, la période bernoise de la baronnie de Mont.

Hans Steiger, avoyer de Berne en 1462, avait épousé Madeleine Nägeli, fille de l’illustre conquérant, et tint sous sa domination Rolle, Mont-le-Grand, Mont-le-Vieux, les seigneuries du Rosey, de Bière, de Begnins, de Cuarnens, du Seppey, de Mollens et d’Oron. Si l’on rappelle qu’il était en outre seigneur de Münsingen et de Wichtrach, on peut dire que jamais Mont-le-Grand n’eut de plus puissant maître.

La baronnie de Mont s’est ensuite souvent transmise par les femmes, tout en restant dans le giron de la puissante famille Steiger, chez qui les mariages entre cousins semblaient être la norme. Salomé, fille de Jean-Louis, baron de Mont-le-Grand, épousa d’ailleurs Jean-Charles Steiger, baron de Rolle et Mont-le-Vieux

Dans le château, subsiste une chambre forte, dite la chapelle car elle le fut peut-être du temps des Saint Triviers, portant les armes des Steiger et la date de 1696.

Toutefois, la révolution amena la faillite des derniers seigneurs, comme la puissance bourgeoise avait provoqué celle des anciens féodaux. On note d’ailleurs qu’il existe très peu d’actes authentiques de la période antérieure à la Révolution de 1798, ces derniers ayant très probablement été perdus ou détruits par les Bourla-Papeys lors de leur révolte de 1802.

Le château fut un moment aux mains de Mr de Watteville et l’on prétend qu’il fit transporter dans sa demeure de Montbenay une partie du mobilier du château et en particulier de fort belles glaces.

En 1895, le château est acquis par Henri Meylan, Henri Rosset et Henri Renaud (dits dans le village de Mont « les trois Henri ») qui voulaient faire une spéculation. Le château était alors assez délabré : il était démeublé et seul n’avait pu être enlevé le lit à la dauphine qui était déjà en place du temps de la marquise de Beaucastel.

La spéculation des trois Henri ne sembla pas avoir de succès car Charles Mérinat, d’Ollon, acquit l’ensemble du domaine en 1898 dans le seul but de pouvoir conserver les vignes et de se loger dans une partie du château. Pour ce faire, il avait dû emprunter les fonds au Crédit Foncier Vaudois. Ne pouvant tenir ses engagement, il dû le céder à ses créanciers. Chargé par la banque de réaliser ce bien, le notaire Charles Fricker-Martinoni, de Rolle, en parla à son ami Ernest Naef, de Genève, lequel cherchait justement une propriété en Pays de Vaud.

Séduits par les lieux, le charme de la maison et la vue de la terrasse, et malgré l’état des bâtiments et leur inexpérience en matière de culture, Ernest et sa femme signèrent une promesse de vente en 1911.

A vrai dire, on dit que le notaire, connaissant le goût de son ami pour les choses anciennes, lui avait d’abord proposé un fort beau lit, ajoutant qu’il vendait également la maison qui allait avec !

Ainsi commence pour le domaine du château de Mont une nouvelle période de son histoire, celle du XXème siècle, qui peut réellement débuter avec l’entrée de la famille Naef dans le château.

Pour le rendre habitable sans grande transformations, il fallut agir avec beaucoup de tact afin de conserver tout ce qui touchait à son histoire, tout en installant certains moyens modernes, salles de bains et chauffage notamment.

Ernest Naef remeubla la demeure, d’une part avec le mobilier de son père Francis, d’autre part en acquérant une partie du mobilier du château de Luins.

En 1912-1913, le pavillon sur la terrasse fut construit par l’architecte Fatio, qui avait pu utiliser des pierres de molasse provenant de la démolition du premier Palais électoral qui occupait l’emplacement de l’actuelle Uni II à Genève. Il est rendu pour nous célèbre par le poète Pierre Girard qui publia un volume de vers intitulé « le pavillon dans les vignes ».

C’est à cette époque également que Mr Naef fit placer sur la fontaine qui orne la cour une colonne style Louis XVI.

En1922 fut aménagé l’escalier du deuxième étage et le peintre René Martin, de Perroy, fut chargé de la décoration à la fresque cde cette partie du château.

Le charme des lieux n’a pas échappé au prix Nobel 1980 de Littérature, le Polonais Czeslaw Milosz. Invité au château de Mont durant l’été 1954 par Madame Henri Naef, il décrivit ce dernier dans l’introduction de son livre « Une autre Europe », ouvrage dont l’idée lui vint précisément en ces lieux romantiques.

Dès 1934, Ernest Naef et son fils Bernard agrandissent le domaine en acquérant la ferme Boissier, du nom de la famille genevoise qui la détenait pour l’avoir héritée de la famille Butini. Des vignes, des prairies de des bois vinrent compléter cette acquisition.

Bernard Naef puis son fils François procèdent par la suite à des remaniements des acquisitions et des échanges parcellaires pour donner au domaine ses dimensions actuelles.

Aujourd’hui, ce sont les enfants de François Naef, Odile, Frédéric et Marie, qui administrent le domaine dont les vignes sont cultivées par Cédric Albiez et Eric Meylan, tous deux vignerons-tâcherons.

Le vignoble couvre aujourd’hui 13 hectares. Les vignes bénéficient d’une exposition plein sud, sur des pentes allant de 12% à 20%. Les sols y sont relativement graveleux, même si des terres un peu plus argileuses se situent dans les hauts du vignoble.

Depuis 1976, la taille gobelet a été entièrement abandonnée au profit de la taille Guyot basse classique et la taille mi-haute.

Les cépages cultivés sont le chasselas, le muscat, le gamay, le pinot noir, le gamaret, le gallota et le garanoir. Depuis quelques années, une collaboration avec la Station fédérale de Changins a été entamée.